Articles (in french)

Retrouvez ici les différents articles de fond parus dans les précédentes newsletters.
(cliquez sur les photos pour les agrandir)


  Effritement des façades de la Presqu'île : usure du temps, pollution ou faute aux ravalements ?
(automne 2008)

Façade du 55 rue de la Charité   Depuis quelques années, on constate une lente dégradation des façades XIXème de la Presqu'île. Peu à peu, des fissures apparaissent, suivies de petits effritements puis ce sont des morceaux de corniches, de balcons, de sculptures voire même des balustres qui tombent sur la voie publique.
« La pierre est un matériau vivant comme le bois, elle doit pouvoir respirer », explique Christophe Chevallier, tailleur de pierre.

Et voilà bien où se situe le problème. Même si les intempéries et la pollution sont à l'origine de certaines pathologies de la pierre, il semblerait qu'à Lyon, nos immeubles souffrent d'un mal plus insidieux.

Monsieur Nugues, directeur technique de la Régie Rosier Modica, nous décrit le processus.
Ces façades bâties en pierres appareillées dans un but décoratif étaient faites pour rester nues, contrairement à celles construites en moellons que l'on recouvrait d'enduit. Avec les années la poussière urbaine s'est déposée jusqu'à masquer la beauté de la pierre. Puis au milieu du XXème siècle, on a commencé à peindre ces façades sans vraiment les avoir nettoyées en profondeur auparavant. Depuis à chaque ravalement on rajoute une strate. C'est la technique du millefeuille. Ces revêtements successifs forment une couche imperméable qui empêche les échanges gazeux de se faire correctement entre l'intérieur et l'extérieur. D'autant plus, souligne Monsieur Nugues, que notre mode de vie a changé, notre consommation d'eau par exemple est beaucoup plus importante que par le passé. La vapeur d'eau reste prisonnière à l'intérieur de la pierre et petit à petit la fragilise. Le gel ne faisant qu'accélérer le processus de délitement.
Monsieur Lamy, responsable des ravalements à la mairie de Lyon, dresse le même constat.
Les immeubles concernés par ce problème datent en majorité de la deuxième moitié du XIXème, ils représentent 50 à 60 % du bâti de la Presqu'île. C'est dire l'étendue du problème !
Beaucoup de ravalements datent des années 1980, malgré l'obligation décennale. Il y a 25 ans, on utilisait à grande échelle des peintures à base de résidus de pétrole et de résine.

Véritable précurseur face à cette problématique dont il a très vite analysé l'ampleur et les enjeux, Jean-François Nugues s'est largement impliqué afin de trouver une solution adéquate, assurant à terme la pérennité de ce patrimoine. Sa démarche a abouti à l'ouverture d'un chantier expérimental pour les Bâtiments de France sur l'immeuble situé rue des Archers.
« On assimile toujours ravalement de façade à de la peinture » se désole-t-il, alors qu'aujourd'hui il existe d'autres types de ravalements beaucoup plus respectueux de l'environnement et de la pierre.
   
Si les professionnels et les institutionnels étaient persuadés de la qualité du projet, il a fallu également convaincre les co-propriétaires, pour lesquels le coût était plus important, du bien fondé de cette démarche.
C'est un travail long et fastidieux que maîtrisent certaines entreprises de ravalements de façades. Dans un premier temps, il faut enlever les anciens revêtements afin de retrouver la pierre naturelle. Pour cela on a fait appel à un chimiste qui a analysé la peinture utilisée afin de déterminer le produit le mieux adapté pour l'enlever.
   Ensuite, la pierre en mauvaise état a été reminéralisée. En finition, on passe un badigeon au lait de chaux auquel on ajoute des pigments naturels pour se rapprocher le plus possible de la teinte d'origine. C'est la chaux qui apporte dureté et protection à la pierre tout en la laissant respirer. Parfois le support est tellement dégradé qu'il faut le reprendre. L'intervention de tailleurs de pierre est parfois nécessaire.
Cet immeuble a retrouvé sa beauté d'origine, sa riche ornementation est mise en valeur par la couleur de la pierre sur laquelle joue la lumière selon les heures de la journée et les saisons. Pour les propriétaires, c'est un effort financier mais à terme ils s'y retrouveront car la façade restaurée a devant elle une trentaine d'années avant de subir une autre intervention qui consistera à la nettoyer avant de passer un nouveau badigeon.

Le prochain bâtiment concerné par un ravalement « nouvelle génération » devrait être l'immeuble avec la rotonde situé à l'angle de la place des Jacobins et de la rue Confort. Construit au milieu du XIXème siècle, il est sous le coup d'une injonction de ravalement depuis de nombreuses années. Les travaux devraient avoir lieu en 2009.
Il est temps de redonner son éclat à l'un des plus beaux immeubles du « Carré d'or » qui a fait plus parler de lui ces derniers temps à cause de sa dangerosité ( balustre tombant sur la voie publique) que par sa beauté architecturale. Les caryatides qui à l'origine ornaient le soubassement ont déjà été les victimes de ce désintérêt.

Aujourd'hui, même si d'autres façades ont été restaurées selon cette méthode, il ne faut pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt. Il devient urgent que les pouvoirs publics réfléchissent aux moyens d'actions à mettre en œuvre afin d'inciter les propriétaires à choisir des modes de ravalement plus respectueux du bâti. Car c'est une véritable lèpre qui touche de nombreux immeubles de la Presqu'île comme vous pouvez le constater sur les photos, et ce ne sont que deux exemples parmi beaucoup ! Le 41 rue de la Charité est en piteuse état mais avec l'immeuble du 55 faisant l'angle avec la rue Duhamel,  on ne peut que déplorer l'absence de prise de conscience  de certains propriétaires.  L'état de la   Façade du 41 rue de la Charité
façade est catastrophique, frontons complètement rongés, mascarons disparus, linteaux effondrés. Une entreprise est intervenue afin d'enlever les parties qui s'effritaient et représentaient un danger pour les personnes. Ils ont gratté les pierres qui, on le voit, sont complètement délitées et ont mis une sorte de béton gris pour tenir le tout. Sans parler du côté inesthétique de la chose, il y a fort à parier, malheureusement, que tout le décor sculpté de cette façade disparaisse dans les années à venir.

Fruit d'une réflexion commune entre la ville, l'architecte des monuments historiques et des syndics de copropriétés, la technique utilisée rue des Archers semble être la meilleure solution face aux problèmes de préservation de notre patrimoine urbain, de plus elle s'inscrit également dans une politique de protection de l'environnement avec l'utilisation de matériaux naturels.
« Même s'il n'existe pas pour l'instant de réponse homogène, on connaît le remède » conclut Monsieur Lamy.


  Au-delà des voûtes, histoire de la Confluence
(hiver 2009)

Des travaux de l'ingénieur Perrache, fin XVIIIème siècle, au projet Lyon Confluence, plus de 200 ans se sont écoulés pendant lesquels ce territoire a connu des installations industrielles et administratives qui l'ont marqué de leur empreinte. Parallèlement, une population l'a investi. Protégée autant qu'isolée par les voûtes, elle doit faire face aujourd'hui à des desseins qui remettent en question toute la structure du quartier Perrache.

Petit historique

Au XVIIIème siècle, Lyon est à l'étroit dans ses remparts, le projet présenté par l'ingénieur Perrache vise, comme celui de Morand, à conquérir les espaces situés au-delà du Rhône.

Projet de M.Perrache au XVIIIe   Le plan proposé par Perrache comporte en fait quatre grandes réalisations. Dans un premier temps, la construction d'une chaussée prolongeant les quais Monsieur et de la Charité sur trois kilomètres, puis la construction d'un pont traversant la Saône à la Mulatière. Il prévoit ensuite le creusement d'une gare d'eau avec un canal au bord duquel seront installés des moulins et des entrepôts. Ce sera un échec retentissant. Et enfin, l'urbanisation du quartier nouvellement gagné sur le Rhône et les îles Moignat.
Décrié, voire moqué, Perrache entreprend les premiers travaux en 1773, il n'en verra jamais la fin.
Comme tout grand projet il a connu des aléas, regardons ce qui se passe aujourd'hui sur le même site…

Au début du XIXème, deux maires successifs, le baron Rambaud et le comte de Lacroix Laval, reprendront le projet d'urbanisation de Perrache. Une digue sera construite côté Saône mettant fin aux perpétuelles inondations. Puis l'histoire ferroviaire et l'industrialisation naissante marqueront ce territoire pour les décennies à venir.

Coupée du reste de la ville par la gare surélevée et ses voies, l'accès à la zone méridionale de la Presqu'île se fera désormais par les fameuses voûtes. C'est à partir de là que l'image négative du quartier situé « derrière les voûtes » va se construire avec l'installation de nombreuses industries et équipements dont le centre ville ne veut pas : les prisons, l'arsenal, les industries polluantes, les abattoirs…
Mais le quartier Perrache continue d'évoluer et accueille une population laborieuse de plus en plus importante. La construction d'une église, d'une école, le fleurissement des brasseries puis la construction des premières cités ouvrières, toutes ces structures témoignent de la vie sociale de ses habitants.
   Entrée de la prison St Paul

Le XXème siècle a lui aussi apporté son lot d'infrastructures refoulées du centre ville et marquant profondément le paysage et la vie de ce quartier.
L'installation du marché de gros en 1961, qui se trouvait auparavant quai Saint Antoine, a entraîné dans son sillage plusieurs administrations comme le service sanitaire, celui des fraudes ou encore la Poste. Implanté sur un site de 16 hectares, à l'emplacement de la partie Est de l'ancienne gare d'eau des frères Seguin. L'agitation nocturne qu'il va créer dans sa périphérie avec des cadences de travail particulières a rythmé le sud de la Presqu'île jusqu'à ces derniers jours.
Si les stigmates d'un passé industriel au service de la ville ont profondément blessé ce territoire, il ne faut pas pour autant en faire table rase. Ce passé a été la réalité quotidienne de milliers d'ouvriers. On ne peut que souhaiter que soit sauvegardés certains témoins de cette époque de labeur, non pas transformé en musée, mais en leur trouvant une autre destination assurant la pérennité du bâti.

Cours Charlemagne   Aujourd'hui, le projet Lyon Confluence vient rééquilibrer les choses. Ce quartier tenu à l'écart et malmené accueille un des plans d'urbanisation intra-muros les plus ambitieux d'Europe. Tout d'abord par son ampleur, la ville de Lyon est la seule du vieux continent à posséder encore autant de surface constructible et aménageable en hyper-centre. Ensuite par le choix de s'inscrire dans un programme de développement durable avec notamment l'utilisation généralisée de la norme HQE (haute qualité environnementale)salué par les instances européennes.
Mais, l'apport massif de population ainsi que les nombreux déplacements générés par les personnes qui viendront soit travailler, soit consommer ou tout simplement se promener ne sont pas sans soulever de nombreuses inquiétudes, bien légitimes, de la part de la population déjà installée autour de l'église Sainte-Blandine. Anciens habitants et nouveaux venus, tous devront trouver leur place afin de vivre ensemble dans ce nouveau quartier dont le fleuron sera le Musée des Confluences...


  Le musée de l'Hôtel-Dieu, un précieux témoignage d'une institution au service de l'Homme depuis le XIIème siècle
(printemps 2009)

Créé en 1936, sous l'impulsion d'hommes illustres dont Jean Lacassagne, médecin et administrateur, le musée des Hospices Civils de l'Hôtel-Dieu vit peut-être ses dernières heures.
Tout a commencé avec l'exposition universelle de 1894 où les HCL avaient exposé un certain nombre d'objets médicaux.
Puis, le musée Gadagne ouvrit quelques salles afin de présenter de façon continue ces objets et œuvres d'art au grand public.
Mais ce fut la démolition de l'hôpital de la Charité en 1934, dont plusieurs salles étaient classées, qui allait accélérer les choses. De plus, le musée Gadagne manquait cruellement de place...
   Vitrine du musée de l'Hôtel-Dieu

A l'origine, le musée, qui abrite de nombreuses collections, devait occuper les quatre branches du bâtiment du XVIIème siècle. Mais il ne s'installa finalement que dans les ailes Est et Sud. La salle située au levant a été aménagée seulement dans les années 1970. Elle présente notamment la reconstitution d'un lit à quatre places ainsi que celle d'une cellule d'aliéné.
C'est dans cet espace du musée que se trouve également la partie médicale avec divers instruments exposés par discipline, et du mobilier, comme une table d'opération.
Dans la reconstitution de l'apothicairerie de l'Hôtel-Dieu on découvre de nombreux objets liés à la pharmacie : la table à sirops ou l'alambic, ou bien encore l'appareil à faire des gélules. 75% de ces objets proviennent de l'hôpital, le quart restant vient de donations et de legs.
L'importance de l'école médicale lyonnaise est reconnue internationalement et le musée témoigne de toutes les évolutions dont elle a souvent été à l'origine.

Apothicairerie de l'hôpital de la Charité   Dans l'autre branche, où les œuvres d'art sont exposées, la salle du Conseil d'administration de l'hôpital de la Charité a été reconstituée à l'identique avec ses boiseries et sa magnifique cheminée en marbre. Elle sert d'écrin à de superbes meubles en marqueterie, de nombreux tableaux, des sculptures, des tapisseries.
Les grandes armoires XVIIIème appartenaient à l'Hôtel-Dieu, elles servaient à ranger le linge.
Puis, en enfilade se trouve la salle des archives et l'apothicairerie provenant également de l'hôpital de la Charité. Quant au fameux crocodile qui donna son nom au bulletin des internes c'est en fait un ex-voto qui se trouvait à l'origine dans la chapelle du Saint-Esprit sur le pont du Rhône. Installé dans le grand Dôme lors de la destruction de celle-ci, son déplacement dans le musée l'a sauvé de l'incendie destructeur de 1944.

Parmi tous ces trésors le musée possède une des plus importantes collections de faïences de France avec près de 1200 pièces de grande qualité issues de différentes manufactures françaises et européennes.
Cette collection se compose de faïences civiles avec des assiettes, des plats, mais surtout de faïences pharmaceutiques.
Depuis cette année, le musée a rejoint le réseau des Hôtels-Dieu et des Apothicaireries de Bourgogne, Franche-Comté et Rhône-Alpes composé d'une vingtaine de sites.

Le musée situé dans le cœur historique de l'Hôtel-Dieu, tout proche de la chapelle, présente un magnifique témoignage de l'histoire médicale hospitalière lyonnaise. Mais son rôle est d'une plus grande ampleur.
Il raconte tout simplement la vie de cette vénérable institution et de tous ceux et celles qui l'ont fait vivre ou qui ont vécu grâce à elle, administrateurs, médecins, sœurs hospitalières, donateurs, enfants abandonnés, blessés de guerre, malades ou indigents.
Le musée de l'Hôtel-Dieu doit continuer à remplir sa mission afin d'éviter que toute une partie de notre histoire ne tombe dans l'oubli. La grande histoire, celle de la vie humaine et de son importance au cours des siècles, dans ce qu'elle a de plus fragile et de plus éphémère mais également dans ce qu'elle a de plus beau, l'art, la compassion et la charité envers tout homme souffrant, aujourd'hui comme hier...
   Apothicairerie et sœur hospitalière

  « Les arêtes de poissons » : un singulier réseau souterrain sous la Croix-Rousse
(été 2009)

Nourrissant tous les fantasmes, les galeries souterraines de Lyon attirent aussi bien les amateurs de sensations fortes se livrant à des jeux dangereux que les férus d'ésotérisme de pacotille. La réalité est toute autre. Ces ouvrages, remontant pour certains à l'époque gallo-romaine avaient une destination très pragmatique. Tout d'abord, pas de catacombes à Lyon, ces galeries n'ont jamais servies de carrière. Les dizaines de kilomètres de souterrains qui sillonnent la colline de la Croix-Rousse et celle de Fourvière servaient à l'évacuation et au drainage des eaux dans l'antiquité romaine, au forage des puits et aux captages des nombreuses sources au Moyen-Age et à l'époque moderne, parfois de souterrains de communication ou de stockage.

La redécouverte des galeries oubliées de Lyon

   L'histoire commence mal. Elle commence par une catastrophe. Celle de Fourvière le 13 novembre 1930. Entre une et deux heures du matin une partie de la colline va s'effondrer, minée par les eaux. Le deuxième éboulement fut le plus meurtrier. Il fit 39 victimes dont 19 pompiers venus secourir les premiers blessés.
Une étude menée par des experts permit de déceler la présence de galeries très anciennes, souvent effondrées, et de plusieurs nappes d'eau.
Cette tragédie marquera le point de départ d'une politique concertée d'entretien et de recherche des galeries souterraines afin de garantir la sécurité des milliers de personnes vivant sur les pentes des deux collines.
Les pouvoirs publics vont alors se préoccuper de ces réseaux qui, non entretenus depuis 1902 (date à laquelle le maire interdit la consommation de l'eau des fontaines), représentent un réel danger.
La mise en place de la commission des Balmes, consultée pour toute nouvelle construction sur les pentes de Fourvière et de la Croix-Rousse, et le repérage systématique des galeries dans le but de les inventorier et de les consolider, doivent éviter une nouvelle tragédie.
Aujourd'hui, le service des galeries fait partie du Grand Lyon. Il se livre à un vrai travail de fourmi, recensant les souterrains, citernes, puits existants. Ensuite les entreprises interviennent pour dégager les galeries en pleine terre, renforcer les parois, voire façonner des coffrages en béton afin d'assurer la stabilité du bâti existant en surface.
Cet inventaire n'est toujours pas terminé...
   

Les "arêtes de poissons" : un réseau découvert en 1963

Sous les feux des projecteurs depuis le projet du Grand Lyon de percer un deuxième tube pour le tunnel de la Croix-Rousse, ce réseau n'en finit pas d'alimenter les discussions et les rumeurs.
Qu'en est-il de la réalité ?
Les arêtes de poissons sont un réseau de galeries de forme particulière avec une dorsale d'où partent perpendiculairement de chaque côté des galeries d'une trentaine de mètres de profondeur d'un gabarit de 2 mètres. Elaborées sur un plan précis contrairement à de nombreuses galeries, fruits du hasard à la recherche d'une source, elles avaient une fonction déterminée.

   Avec une emprise s'étendant du Rhône au fort de la Croix-Rousse sur plus d'un kilomètre, ce réseau est vraisemblablement un ouvrage militaire du XVIème siècle destiné à la circulation mais aussi au stockage de matériel, munitions, vivres… Des sondages archéologiques dans les galeries latérales ont révélé un radier de pierres destiné à assainir le sol confirmant cette utilisation. Mais les fouilles ont démontré que ces galeries n'avaient en fait jamais servies.
La dorsale permettait de circuler discrètement entre le Rhône et le fort dominant la vallée. La partie la plus basse est immergée depuis la construction du barrage de Pierre-Bénite.

Visite guidée en compagnie de Bruno Perez, responsable du service des galeries au Grand Lyon, et de Claude Juillard

En toute sécurité et avec l'équipement adapté, nous nous enfonçons par le bas des pentes de la Croix-Rousse dans ce véritable labyrinthe. Très vite, on perd complètement le sens de l'orientation et du temps. On passera plus de trois heures à arpenter ce réseau sur 70 m de dénivelé en empruntant une succession de puits, de tunnels, de galeries de pierre, accédant à des salles ou se faufilant le long d'un conduit antique. Notre parcours est émaillé de puits par lesquels nous arrive le bruit des voitures passant sur les regards. Au-dessus de nos têtes, les immeubles des canuts et Villemanzy...
   
   Si le sous-sol lyonnais renferme bien des trésors, ceux-ci sont naturels. L'eau en s'infiltrant dépose au fil des années d'étranges concrétions calcaires qui étincellent sous la lumière de nos lampes frontales. Par endroits des stalactites si fines et fragiles qu'on les nomme « spaghettis » forment un décor surréaliste sur les voûtes. La température avoisine les 14 degrés en permanence. Au détour d'un croisement, des champignons se développent et forment des dessins irréels sortis tout droit des grottes préhistoriques. A l'intérieur des canalisations ouvertes où s'écoulent de l'eau de source, se forment des concrétions en forme de tuile romaine...
Puis la triste réalité nous rattrape. Partout, des tags, signatures ou simples dégradations pour le « fun », rien d'artistique en tous cas. Par ci, par là, des bouteilles de champagne abandonnées, vestiges de fêtes interdites, des canettes, des détritus jonchent le sol.
Après avoir emprunté un réseau secondaire, on pénètre dans les fameuses « arêtes de poissons ». La forme particulière de la galerie centrale attire l'attention, des escaliers s'adaptent au dénivelé. Nous descendons lentement, sur les côtés, les galeries de stockage se succèdent. L'une d'elle accueille d'étranges invités. Des bougies, des crânes et des petits personnages modelés dans de la terre. Sur les parois fragilisées, des dessins, dont un représentant un poisson-chat…Témoignages contemporains de visiteurs clandestins.
Puis nous retrouvons la lumière, laissant derrière nous cette sensation d'un voyage hors du temps.
   

Les travaux liés au percement d'un deuxième tube pour le tunnel de la Croix-Rousse ne toucheront qu'une toute petite partie du réseau, ne modifiant en rien la cohérence de l'ensemble. Une ville doit évoluer, il faut savoir choisir ses combats et le patrimoine de la Presqu'île n'en manque pas aujourd'hui...


  La maison des champs : du domaine agricole à la demeure de plaisance
(automne 2008)

Les maisons des champs sont indissociables de l'art de vivre des bourgeois lyonnais. Disséminées dans la campagne, du vallon de Gorge de Loup à la vallée de la Saône, en descendant vers le sud-ouest, elles ne devaient pas se situer à plus d'une demi-journée de cheval de Lyon. De la Renaissance au XVIIIème siècle, elles ont considérablement évolué, autant dans leur forme que dans leur statut, passant du domaine agricole à la maison de campagne où l'on recevait.
Cet automne, nous découvrirons deux maisons des champs. La première du XVIème siècle, le Manoir de Parsonge, situé sur la commune de Dardilly et la seconde du XVIIème siècle, la maison de l'Accueil à Albigny-sur-Saône.
Ceci marque le début d'un cycle de visites qui se poursuivra jusqu'à l'été, et nous permettra d'appréhender la diversité de ces demeures mais aussi leurs ressemblances.

   Le manoir de Parsonge, mentionné dès 1483, faisait partie des grands domaines possédant au moins 4 hectares de terre. Avec ses deux étages de galeries, sa tour de guet et ses bâtiments agricoles destinés à la viticulture ainsi qu'à l'élevage, il illustre parfaitement l'architecture rurale du lyonnais à la Renaissance. On retrouve, comme à Lyon, des influences italiennes et plus particulièrement florentines.
Abandonné pendant une centaine d'années, divisé en plusieurs habitations appartenant à des propriétaires différents, le manoir retrouve aujourd'hui son intégralité grâce à l'action de l'association « Les amis de Parsonge ». Ce site, comprenant également une grange, un lavoir et l'ancienne cuisine des ouvriers, a été classé en 1991 à la demande de la commune de Dardilly.

Au cours de la deuxième moitié du XVIIème siècle, on note une importante évolution, les maisons s'agrandissent ou sont reconstruites. C'est une période charnière où les mentalités changent, la richesse jusque là discrète devient ostentatoire. Il faut avoir sa « bibliothèque aux champs » et on a besoin de chambres pour les invités.
A Parsonge, le propriétaire aménage une galerie dite « à l'italienne », c'est à cette époque également que la fonction des pièces est bien définie sur trois niveaux, le rez-de-chaussée où se trouve la salle commune, l'étage noble desservant les chambres et le grenier.

Plus spacieuse et plus pratique que la maison de ville des bourgeois lyonnais, la maison des champs devient progressivement une demeure de plaisance.

Le bâtiment que l'on appelle aujourd'hui la maison de l'Accueil à Albigny-sur-Saône, est un bel exemple de ce qu'est devenue la maison des champs au XVIIIème siècle. Une demeure où l'on reçoit, avec un salon d'apparat ouvrant sur un jardin. Ce domaine, qui s'étendait sur trois hectares jusqu'en bordure de Saône, fût d'abord la propriété de Jean de Sèves, prévôt des marchands de Lyon, puis de Thomas de Boze, trésorier de France, qui commanda vers 1710 les fresques du salon d'apparat à un artiste lyonnais, Daniel Sarrabat. Ce peintre, de grande notoriété, avait déjà réalisé les peintures du salon de la demeure de Melchior Philibert, située au Sud-Ouest de Lyon sur la commune de Charly.   
Le domaine ayant beaucoup souffert des rénovations successives, l'intérêt principal de cette visite est l'œuvre de Daniel Sarrabat représentant la vie d'Esther dans un cycle de 7 peintures murales, parfaitement restaurées.



  Cycle « maisons des champs » : dominant Lyon depuis les pentes de Fourvière, la maison de la Bréda
(printemps 2009)

Dernier témoignage de maison des champs construite sur la colline à l'écart de la ville, la maison de la Bréda, montée Saint-Barthélémy, a été rebaptisée maison de Lorette par Pauline Jaricot lorsqu'elle l'acheta en 1832.

Petit historique

Certaines sources du XIXème siècle parlent d'une synagogue qui aurait été édifiée à cet emplacement dès le IXème siècle ainsi que d'une maison de plaisance construite sur ses ruines.
Lorsque Pierre Burbenon, riche propriétaire lyonnais, fait édifier cette demeure dans les années 1520, la colline de Fourvière est alors principalement occupée par des jardins et des vergers. Vendue plusieurs fois par la suite, elle appartient au XVIIème siècle à M. Deville, vicaire général du cardinal Alphonse de Richelieu, archevêque de Lyon, qui découvrit un grand médaillon en cuivre représentant la tête d'un empereur couronné de laurier avec des inscriptions hé-
 Façade de la Breda
braïques. Cette antiquité précieuse n'existe plus, mais l'historien Ménétrier en a heureusement conservé la forme en la faisant graver. Ce médaillon qui pourrait signifier la reconnaissance des juifs envers Louis-le-Débonnaire, aurait été placé dans les fondations de la synagogue,  en mémoire de la permission qu'ils avaient obtenue de la faire construire.  Près d'un siècle après,  on trouva dans le même lieu un talisman hébraïque qui avait la figure d'un serpent. Au début du XVIIIe siècle, la maison a été agrandie et surélevée.
Chapelle de la Breda   En 1832, elle est rachetée par Pauline Jaricot, fondatrice de l'œuvre de la propagation de la Foi.
En 1839, suite à sa guérison miraculeuse intervenue au village de Mugnano dont l'église abritait les reliques de Sainte Philomène, elle commande à l'architecte Antoine-Marie Chenavard une chapelle dédiée à cette sainte, que l'on peut voir encore aujourd'hui en empruntant la montée Cardinal Billé.
La maison est rachetée en 1975 par les œuvres Pontificales Missionnaires. Au début des années 2000, celles-ci souhaitent en faire un lieu de mémoire et de prière. Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques, est chargé du projet. Les travaux consistent principalement à consolider le bâti et les terrasses, mais très vite, ils révèlent des vestiges inattendus.

La restauration

Lors de l'aménagement du hall d'accueil au niveau de l'ancienne cave, un tronçon de voie romaine constitué de seize grosses dalles en granit épais et deux autres isolées a été mis au jour. Une dalle vitrée permet de les voir in situ. Cette découverte corrobore le fait que la montée Saint-Barthélémy a repris le tracé de l'ancienne voie romaine qui tout en desservant les maisons construites de part et d'autre, permettait de rejoindre les berges de la Saône. Grâce à l'étude archéologique du bâti et avec l'aide des plans de ville de différentes époques, on arrive à retracer l'évolution architecturale de cette maison. Il existait une première petite construction qui a été englobée dans la maison du XVIe siècle. Celle-ci était composée de deux corps de logis de part et d'autre d'une tourelle d'escalier. Mais au cours des siècles suivants, des agrandissements successifs ont complètement modifié son architecture et son agencement intérieur, tel ce bel escalier XVIIIe venant doubler celui à vis de la tourelle.

La restauration a permis la découverte de couvre-joints du XVIème siècle ainsi que de peintures murales XVIIIe. Toutes les anciennes ouvertures ont été restituées, les fenêtres à meneaux et surtout les nombreux tirs en croix, sans oublier une petite ouverture en lancette trilobée inscrite dans un arc qui constitue un élément rare de sculpture de style gothique taillé dans une seule pierre, probablement un réemploi.
Ces restitutions contribuent à redonner toute son élégance à la façade que l'on découvre surplombant la montée Saint-Barthélémy.
La maison ainsi que les accès, la chapelle et le jardin ont été inscrits à l'inventaire des Monuments Historiques en février 2004.
   petite ouverture en lancette trilobée



  Cycle « maisons des champs », le domaine Melchior Philibert à Charly : une maison des champs à l'aube du siècle des Lumières
(été 2009)

Le domaine Melchior Philibert   Après la maison Renaissance des Gondi, nous voyagerons dans le temps pour découvrir la demeure du célèbre négociant lyonnais, Melchior Philibert.
Ce fils de marchand Saint-Chamonais naît en 1645 à Lyon où il fait fortune dans la banque et le commerce, indissociables à l'époque. Mécène, bienfaiteur des deux hôpitaux lyonnais ( il sera trésorier de l'Hôtel-Dieu), ce père de six enfants négocie non seulement " dans tout le royaume mais également dans tout le monde connu ". Il prête de l'argent aussi bien à la ville de Lyon qu'au Roi.
Anobli en 1722, il mourra 3 ans plus tard dans sa maison de Charly, à l'âge de 80 ans.

Le domaine

Lorsqu'il achète le clos de la Haye en 1691, celui-ci est entièrement occupé par la culture de la vigne. Pendant 7 années, Melchior Philibert ne va avoir de cesse de l'agrandir jusqu'à atteindre 11 hectares d'un seul tenant, occupant une situation géographique privilégiée avec une vue à 360°.

En 1699 il fait construire un élégant pavillon au-dessus de la citerne qui reçoit les eaux captées plus au sud. Une partie du mécanisme d'adduction d'eau qui permettait une distribution dans tout le domaine subsiste encore.
La tour du Levant, située à la pointe du domaine, fut achevée peu après. De forme polygonale, trois arcades allègent sa construction massive. Restaurée par les compagnons du Tour de France en 1994, elle servait autrefois d'observatoire.
   L'observatoire
L'ensemble de la propriété qui a conservé huit hectares sur les onze d'origine est remarquable également par la variété de ses jardins. Belvédère, statues, bassins, un petit bois de chênes ainsi qu'un étang offrent d'agréables promenades.

Dans toute la conception de son domaine, Melchior Philibert façonne son ambitieux projet architectural, ornemental et artistique afin de marquer le cheminement à l'ouverture d'un nouveau siècle qui ne sera autre que celui des Lumières. Il fera de sa demeure un véritable foyer artistique.

Les peintures de Sarrabat, un décor somptueux

Parmi toutes les œuvres commandées par le notable lyonnais pour orner sa demeure, une seule est parvenue jusqu'à nous, celle exécutée par le peintre Daniel Sarrabat en 1701. Nous avons déjà pu admirer l'œuvre de cet artiste lors de notre visite de la maison de l'Accueil à Albigny-sur-Saône, avec le cycle d'Esther.

La fresque de Sarrabat   Ici, à Charly, le décor se déploie sur l'intégralité des murs du salon des peintures qui était à l'origine un vestibule permettant la communication entre la cour d'honneur à l'Est et les jardins à l'Ouest. On accède à la cour intérieure par un imposant portail suivant un parcours de prestige réservé au maître des lieux et à ses invités.
En pénétrant dans cette pièce, on est tout d'abord surpris par l'ampleur du décor, classé dès 1962. Puis, on commence à détailler les scènes où se côtoient de nombreux personnages historiques et familiers de Melchior Philibert dans un décor d'architecture en trompe l'œil.
Sur la paroi sud,  le peintre représente le commanditaire  entouré d'un roi qui favorisa Lyon,  Louis XI et de Jacques Cœur,  commerçant de la
Renaissance qui initia les échanges avec le Levant. Les marchands étrangers en discussion avec ses commis symbolisent le commerce international auquel il se livrait.
Non seulement mécène, le célèbre négociant était aussi un humaniste comme en témoigne les scènes représentées sur la paroi nord, la révolution scientifique et intellectuelle jouxte un concert improvisé et une conversation littéraire. Parfois des visages comme celui de cette jeune femme nous fixe accrochant notre regard. Ils ont tellement de choses à nous raconter...

   La fresque de Sarrabat (détail)
En 1998, le domaine a reçu le prix du Patrimoine du Conseil Général du Rhône.


Copyright © 2008 - 2010 - De Condate à Lyon Confluence - Association Loi 1901 - 49 rue Franklin 69002 Lyon 2e - Contacter le webmaster - Site du webmaster